Cogitations de Nyctale

Surexposition des informaticiens versus invisibilité des gestionnaires de l’information?

Le manque de visibilité des archivistes est légion. Depuis des années, les archivistes en discutent, le soulèvent, recommandent des moyens lors des rencontres ou congrès de toutes sortes. Mais les ressources financières, dit-on, ne permettent pas aux associations et regroupements de promouvoir la profession suffisamment pour que les archivistes puissent prendre la place qui leur revient.

Dernièrement, j’ai visionné une vidéo d’un peu plus d’une minute d’un archiviste effectuant la promotion de sa profession sur Youtube (Un archiviste à Radio-Canada, ça fait quoi?), moyen peu coûteux et imaginatif, me semble-t-il. Cela peut faire partie d’une des façons de rendre plus visible la profession.

Je crois que la majorité de la population, qui a une idée de ce qu’est un archiviste, l’associe soit à un hôpital, soit à un lieu mal éclairé et poussiéreux (archives historiques) – c’est leur perception, pas la mienne.

En fait, il y a 2 catégories d’archiviste : celui qui veille à préserver notre mémoire collective, notre histoire, notre identité, ce que nous sommes, ce qui nous distingue en tant que peuple.

Cependant, en amont « de la poussière »,  ça prend quelqu’un pour s’en occuper. Et il y a un autre travail qui est rarement dépeint : celui de gestionnaire de l’information, l’archiviste qui traite l’information avant qu’elle ne se retrouve dans les centres d’archives.

De nos jours, le gestionnaire de l’information a développé davantage de cordes à son arc puisqu’il doit s’occuper de l’information numérique ET l’information sur support papier. Il doit concevoir des architectures d’information pour les logiciels de gestion de contenu (SharePointLivelinkFileNetUltimaAlfresco, etc.) et bases de données en analysant le contenu et les besoins des utilisateurs, indexer la documentation (métadonnées) pour qu’elle soit repérable, épurer les dossiers électroniques, établir des durées pour les documents, gérer les droits d’accès aux documents numériques,  participer activement à l’implantation de système de gestion intégrée de documents (GID), offrir du support aux usagers, piloter les systèmes de gestion de contenu, songer à son utilisateur pour rendre transparent l’accès à l’information par le biais d’outils technologiques et bien d’autres fonctions. Ils maîtrisent aussi les mégadonnées (big data), l’infonuagique (cloud computing), la signature électronique, les coffres-forts numériques, les données ouvertes, la taxonomie, etc. Son rôle a énormément changé depuis les années » 90. Mais dîtes moi, y a-t-il bien des entreprises, des services de ressources humaines qui connaissent leurs talents, leur expertise?

Les « super » archivistes détiennent bien plus que la formation dispensée dans les universités, car celles dont ils ont besoin ne sont pas offertes dans les programmes conventionnels. Ils sont créatifs, débrouillards, innovateurs. Ils apprennent souvent sur le terrain et parfois on leur confie des tâches « hors de leur compétence » (lire attribuées aux informaticiens).

Qui parle d’eux? Apparemment personne puisque même dans les offres d’emplois, malgré que la description des tâches et les responsabilités correspondent à leur expertise, leur diplôme n’est pas mentionné dans les exigences; on demande souvent plutôt un diplôme en informatique (voir aussi cet article).

Puisque rien n’est fait, il doit compter que sur soi-même. Toutes les occasions sont bonnes pour démontrer notre savoir. Et surtout, il ne faut pas attendre d’être invité à la table, mais de s’y installer. Et soyons créatifs malgré le peu de moyens dont nous disposons. N’est-ce pas là une des qualités reconnues des archivistes?

Pour compléter votre lecture, je vous invite à lire l’excellent texte de Sylvain Senécal:  « Les documents, la culture, les affaires… et les autres »,  Documentation et bibliothèques, 50, 2 (2004), pp. 147-156.

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Étudier en informatique ou en archivistique?

Bientôt 6 mois que je suis sans emploi, bien que je cumule près de 15 années d’expérience en sciences de l’information. Certes, plusieurs firmes de consultants m’ont déjà contactée avec un engouement certain pour mon profil, mais aucune d’entre elles n’offre quelques choses de concret; bien malgré elles, je crois, puisqu’elles sont à la remorque des appels d’offres des ministères et que ces derniers exigent de plus en plus de critères inatteignables pour celles-ci – ou bien parce que je n’ai pas les qualifications nécessaires en informatique. Par dépit, j’ai entrepris d’accomplir un nouveau certificat à l’université pour obtenir davantage de compétences.

Dernièrement, une autre firme m’a sollicité pour un mandat qui, à sa lecture, me confirme que les archivistes ont bien leur place en technologie de l’information, comme en fait foi la description que voici :

Description des tâches et responsabilités

– Implantation d’une solution pour la gestion des documents électronique de la Corporation (Livelink);
– Support (donner un support à la fois technique et fonctionnel aux usagers et aux gestionnaires de l’archivage);
– Inventaire et analyse du contenu (structure, transitoire vs. archives d’entreprise, type, statuts);
– Analyse de contenu / Classification (ce qui sera migré, classification selon le plan de la Corporation);
– Organisation du contenu ( développer une structure des dossiers convenable et associer le schéma des permissions dans Livelink basé sur les besoins d’affaires);
– Formation des utilisateurs (gestion des principes de base de la gestion documentaire, usage des solutions);
– Migration (planifier et exécuter le déploiement);

Exigences du poste

– Expérience technique avec habileté dans l’analyse de contenu et classification.
– Baccalauréat en Informatique (ou l’équivalent);
– Minimum de deux (2) ans d’expérience et un haut niveau d’autonomie dans la configuration et du support de la gestion documentaire Livelink Open Text (technique et fonctionnel)
– Connaissance de la famille de produits Open Text ECM (limitations et particularités) – spécialement la gestion documentaire, classification, gestion des archives, objets physiques et clients (« Web browser », Livelink Explorer Pro / Enterprise Connect, WebDAV / WebDrive et interfaces mobiles)
– Connaissance des facteurs opérationnels clés soutenus par la suite Open Text Management (par exemple la gestion du cycle de vie des dossiers);
– Expérience dans la compréhension et la documentation des besoins de l’entreprise en matière de fonctionnalité et les caractéristiques des processus;
– Certification dans les produits Open Text un atout.
– Connaissances techniques et expérience:
– Candidat totalement bilingue (Anglais et Français);
– Excellente communication (orale et écrite) et en service à la clientèle, expérience dans la collaboration avec les clients d’affaires, les collègues autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’équipe;
– Expérience dans le travail en équipe et dans un environnement collaboratif.

La plupart des tâches décrites (presque la majorité) sont celles rencontrées dans le travail d’un gestionnaire de l’information.

Or, il subsiste un doute : avons-nous tout le bagage nécessaire pour remplir ces fonctions? Les institutions d’enseignement nous préparent-elles réellement aux besoins du marché? Je constate que dans les programmes d’enseignement en archivistique il y a peu de cours en informatique pouvant mener à occuper de telles fonctions, malheureusement.

L’exigence « Minimum de deux (2) ans d’expérience et un haut niveau d’autonomie dans la configuration et du support de la gestion documentaire Livelink Open Text (technique et fonctionnel) » m’a rebiffée et j’ai écarté cette offre. Qui détient cette expertise parmi les archivistes? Très peu, j’imagine. Devra-t-on combler ce manque de formation par un Certificat en informatique ou un Baccalauréat en informatique après avoir obtenu un Certificat en archivistique ou une Maîtrise en sciences de l’information, option Archivistique? Cela me paraît lourd. Et comme je l’ai indiqué dans un billet précédent, cette maîtrise en archivistique est inadéquate avec la demande du marché actuel de l’emploi (sauf pour quelqu’un qui souhaite travailler avec les archives historiques).

C’est pourquoi les informaticiens accaparent la place des gestionnaires de l’information, notre place, même s’ils s’y connaissent peu ou pas en gestion documentaire. Et nous manquons de visibilité: les gens ne connaissent pas nos compétences et tout ce que nous pouvons accomplir.

Alors pour remplir les fonctions de gestionnaire de l’information, devrait-on étudier en informatique ou en archivistique?

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Surqualifié ou inadéquat?

Près d’un travailleur québécois sur trois est surqualifié. C’est ce que nous apprend la publication de l’Institut de la statistique du Québec intitulée La surqualification au sein des grands groupes professionnels au Québec : état des lieux en 2012 *. Les données rendues publiques indiquent que 3o,7% des travailleurs québécois détiennent un diplôme d’une plus grande valeur que celui qui est requis dans leur emploi.

Source: Institut de la statistique du Québec, La surqualification au sein des grands groupes professionnels au Québec, 2013, p.10

Source: Institut de la statistique du Québec, La surqualification au sein des grands groupes professionnels au Québec, 2013, p.10

Comme il est difficile d’identifier dans quel groupe de professions l’emploi d’archiviste se situe réellement (Sciences sociales, enseignement, administration publique et religion? Affaires, finance et administration? Arts, culture, sports et loisirs? Autres?) avec toute sa complexité et ses variantes, encore plus ardu de dire si la maîtrise est nécessaire pour exercer notre profession, comme le mentionne Daniel Ducharme dans son billet La question de la formation des gestionnaires de documents et des archivistes au Québec. Cependant, j’ose lancer que l’inadéquation de la Maîtrise en archivistique avec le marché du travail serait un des éléments de cette analyse sur la surqualification. Combien d’emploi de technicienne sommes-nous appelés à occuper, faute de postes exigeant une telle maîtrise?
* (voir aussi l’article suivant)
Et vous, croyez-vous être surqualifié pour le poste que vous occupez?
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Cheminement particulier

Essentielle.be

Essentielle.be

Ma mère me raconte des anecdotes surprenantes. Lorsque j’étais petite dans mon parc d’enfant, je feuilletais le catalogue du magasin Eaton sans ne jamais déchirer aucune page.

Une autre fois, alors qu’elle ne m’entendait pas, elle m’a trouvée dans sa chambre en train d’effeuiller une plante : j’avais soigneusement classé chacune des feuilles dans des tas distincts. Difficile de disputer une enfant si sage et si méticuleuse.

Petite, les jeux d’enfants qui m’inspiraient davantage étaient « jouer à l’école » ou « jouer à la bibliothèque ». J’avais même établi tout un système de prêt de mes livres avec des fiches, des codes de couleur pour les différents types et je les prêtais à mes amis-es.

Source: 123RF

Source: 123RF

Étudiante, j’ai tergiversé un long moment avant de trouver ma vocation, beaucoup de choses m’intéressaient: communication (journalisme), enseignement, bibliothéconomie, droit. J’ai donc été longtemps sur les bancs d’école et j’ai obtenu finalement mon baccalauréat en enseignement du français langue seconde après cinq années d’études à temps plein.

Après avoir été dans le milieu de l’enseignement durant 5 années et galéré pour décrocher un rare poste ou contrat, j’ai décidé de réorienter ma carrière. Me disant que j’avais déjà acquis un baccalauréat, valait mieux entreprendre des études au 2e cycle.

Source: 123RF

Source: 123RF

Au moment de mes études de 2e cycle en 1995, l’informatique, telle que nous la connaissons actuellement, se traçait. Cela allait prendre de l’ampleur, c’était un incontournable. C’est pourquoi j’ai orienté davantage mes choix de cours optionnels vers l’informatique. Avec  une collègue de classe, il a fallu débattre notre point de vue avec la direction de l’EBSI pour pouvoir nous y inscrire. Nous avons obtenu 2 cours axés en informatique de plus.

Au-delà des qualités personnelles et des compétences, la sélection du lieu de stage revêt une décision stratégique qui influence le reste de la carrière d’un gestionnaire de l’information. En effet, certains ont déniché un endroit où ils y travaillent toujours! D’autres, ne sachant où leur cœur balance, ce sont retrouvés dans des milieux précaires où les emplois se font rares. J’ai fait partie de la deuxième tranche. J’ai sélectionné le monde municipal, car il m’interpellait beaucoup. J’ai réalisé mon stage dans la municipalité de La Conception où je vivais alors.

À la fin de mes études en 1998, j’ai bâti un projet en collaboration avec la Municipalité régionale des Laurentides et l’Association des archivistes du Québec. Je désirais doter les petites municipalités d’un service d’archiviste itinérant. Après de longs mois d’attente, en mars 2001, une subvention d’Emploi-Québec a été octroyée et j’ai pu amorcer la mise en place du projet. Les municipalités qui ont adhéré au projet payaient une quote-part au prorata. J’ai desservi alors plus d’une douzaine de municipalités. Alors qu’aucun archiviste n’y avait mis les pieds auparavant, j’ai élaboré pour l’ensemble de ces municipalités, un plan de classification, un calendrier de conservation qui fût approuvé par Bibliothèque et archives nationales du Québec et j’ai appliqué ces instruments aux documents existants. Résultats : les municipalités se sont conformées à la législation en vigueur, ont récupéré de l’espace et ont pu obtenir la possibilité de repérer rapidement et facilement leur information. La subvention s’est émoussée; la plupart des municipalités, conscientes du besoin et contentes des fruits récoltés, ont poursuivi leur collaboration. Mais après presque deux ans, le programme est devenu caduc, faute de participation.

S’en sont suivi des périodes de vache maigre où j’alternais des contrats en bibliothéconomie et en archivistique. De 2004 à 2008, j’ai surtout œuvré dans le monde des bibliothèques qui présentent dans certains cas plus de stabilité. Cependant, malgré mon amour des livres, quelques aspects de ce milieu sont plus difficiles pour moi et requièrent des qualités que je ne détiens pas pour l’ensemble des tâches.

En 2008, un chasseur de têtes m’a recrutée pour travailler dans une organisation offrant des services financiers. Son but premier : acheter un logiciel de gestion documentaire. Tout était à bâtir. À force de travail, j’ai su faire comprendre aux gestionnaires tous les avantages des outils de gestion documentaire et toutes mes connaissances que je pouvais mettre à leur profit. Et plus on reconnaissait mes compétences, plus j’obtenais de responsabilités. La variété de mes tâches rendait mon emploi très intéressant. Durant les 4 années qui ont suivi, j’ai appris beaucoup et j’ai accompli une foule de choses comme:

Source: Wikipédia

Source: Wikipédia

  • Élaboration et mise en place d’un plan de classification des documents analogiques et numériques;
  • Conception d’un calendrier de délais de conservation; sa mise à jour annuelle; l’évaluation des documents;
  • Établissement de politiques, directives et procédures concernant une gestion des documents de leur création à leur disposition ou conservation, en conformité avec les lois et les règlements relatifs au domaine d’activité de l’organisation;
  • Identification des meilleures méthodes de conservation de documents qui forment la mémoire corporative de l’organisation;
  • Tout le processus d’analyse, sélection, développement, essais, accompagnement, documentation, formation, amélioration d’un logiciel de gestion intégrée des documents et un autre processus complet pour la numérisation, ainsi que l’équipement répondant aux besoins. Tout en s’assurant d’une saine gestion du changement;
  • La formation de l’ensemble du personnel et des nouveaux employés aux bonnes pratiques en gestion documentaire;
  • La mise à jour de l’information sur les sites intranet et Internet de l’organisation et s’assurant son ergonomie;
  • Veille informationnelle et revue de presse touchant les sphères d’activités de l’entreprise.

Au fil du temps, malgré une crise économique, la compagnie a pris du galon et le nombre du personnel a triplé. Des spécialistes dans divers domaines ont été embauchés et quelques-unes de mes occupations leur ont été déléguées, faisant en sorte que mon travail devenait de moins en moins captivant. J’ai quitté cette entreprise après 4 années de bons et loyaux services.

En 2012, j’ai accepté un poste de consultante pour StrateGID, une petite firme en gestion documentaire. Les principaux mandats sont octroyés par des ministères. Hélas, la compétition est féroce et les contrats se font rares.

Durant les quelque quinze années où j’ai pratiqué les sciences de l’information, plusieurs fonctions m’ont été confiées, tel qu’en fait foi cette énumération apparaissant sur mon blogue. Toutefois, ces expériences et expertises ne me permettent toujours pas de claquer des doigts pour obtenir des contrats ou des emplois. Avec l’expérience, mes intérêts se précisent et j’aimerais pouvoir avoir le loisir de choisir ma destinée. Cependant, malgré le fait que je sois passionnée de mon  métier, à chaque période creuse où je suis plusieurs mois au chômage, je me questionne sur mes choix.

S’agit-il d’un cheminement particulier ou normal? À vous de me le dire.

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Résultats du sondage Nouveau titre pour Archiviste

Récemment, j’ai soumis une question au vote dans un billet intitulé En quête d’identitéParmi les choix suivants, lequel préférez-vous? (on parlait d’un nouveau titre pour Archiviste). Les résultats démontrent que les répondants-es sont divisés, peut-être même déchirés entre les titres de « Archiviste » et « Spécialiste/expert-e/conseiller-e en gestion de l’information ».

Une autre question sous-jacente vient à l’esprit: où œuvrent les personnes qui préfèrent le titre d’archiviste? Est-ce que les personnes qui souhaitent conserver l’appellation « Archiviste » travaillent davantage avec les archives historiques? Parmi celles-ci, quelles sont leurs tâches? Et les autres, qui sont-elles?

La profession d’archiviste/spécialiste en gestion de l’information est méconnue. Souvent, les tâches de gestion de l’information sont confiées à d’autres corps de métiers qui ne connaissent en rien l’impact de l’information sur les organisations. L’information stratégique dort ou est inexploitée, d’autres informations qui devraient disparaissent incriminent.

Jadis, il y eut des efforts déployés pour unifier les concepts, terminologies et appellations: tous les documents étaient des archives et toutes les personnes qui les traitaient étaient des archivistes. Facile. Simple. Mais peut-être en sommes-nous venus désormais à scinder le tout? Quoi qu’il en soit, c’est à chacun d’entre-nous de faire en sorte de démontrer nos capacités, nos compétences, notre expertise, car qui d’autres mieux placés que nous pourraient le réaliser?

Et enfin, serons-nous autre chose que les gardiens de la poussière.

Source: Nawak

Source: Nawak

Note: Vous pourrez prendre connaissance de l’analyse complète du sondage en consultant le site Convergence de l’Association des archivistes du Québec.

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En quête d’identité

En 1998, j’ai obtenu mon diplôme de maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information, option archivistique de l’École de bibliothéconomie et sciences de l’information de l’Université de Montréal. À cet endroit, il n’y a pas de distinctions : tous les documents sont des archives et toutes les personnes qui les traitent sont des archivistes.

Heureuse de posséder mon nouveau titre d’archiviste, je me suis empressée de partager la bonne nouvelle. Lorsque j’annonçais aux gens ce que je faisais, la première question qu’on me demandait : « À quel hôpital travailles-tu? » Il fallait alors que je précise que les archivistes médicaux sont différents des archivistes et qu’ils ne sont pas interchangeables, car les formations sont très distinctes, un peu comme un notaire et un avocat.

Puis, je me suis mise à faire de l’éducation. Il fallait que le monde entier connaisse cette merveilleuse profession qu’est celle d’archiviste. J’explique patiemment aux gens quel est mon rôle : je conseille le personnel sur les façons d’organiser leur information afin qu’il puisse la retrouver facilement et rapidement. Dernièrement, j’ai simplifié l’explication en disant que je travaille en informatique.

À travers les diverses fonctions que j’ai occupées, j’ai eu des titres différents, en plus de celui d’archiviste :

Archiviste itinérante
Conseillère en archives et documentation
Conseillère en gestion intégrée des documents, etc.

Alors, qui suis-je réellement?

Depuis ma graduation, la profession a beaucoup évolué. À l’époque, l’informatique avait fait son apparition quelque temps auparavant et Internet était jeune. Ensuite, les tâches de l’archiviste se sont diversifiées et elles se sont de plus en plus concentrées sur les aspects du numérique de l’information, bien qu’il existe toujours du traitement des documents en format papier. La fonction d’archiviste a changé et son nom devrait peut-être aussi.

La description de la fonction d’archiviste selon la Classification nationale des professions (CNP) ne reflète pas la réalité dans toutes les sphères de la profession.

J’ai fait le tour des titres de mes collègues archivistes. En voici quelques-uns :

Records manager
Conseillère en gestion documentaire
Analyste en gestion intégrée des documents
Conseillère en gestion de l’information technique
Analyste en gestion de documents
Conseiller en gestion de contenu d’entreprise
Spécialiste de gestion des documents et des archives
Gestionnaire de documents
Conseillère en gestion documentaire
Gestionnaire de l’information

Ma collègue et moi avons suivi une formation intensive sur SharePoint 2013 récemment. Après cette formation, nous nous sommes dit que nous étions des architectes de l’information. Heureuses de cette nouvelle appellation, nous avons consulté des informaticiens qui nous ont dit que malheureusement cela ne pouvait pas convenir.

Donc, je suis toujours en quête de mon identité. Comment dois-je me définir?

Finalement, je pense que le titre d’archiviste devrait être dépoussiéré pour devenir plus accrocheur pour les employeurs, plus clair et plus représentatif de nos fonctions actuelles. Étant donné que le titre d’archiviste n’a aucune connotation pour les gens de toute façon (à part celui d’archiviste médical), il pourrait être remplacé.
Je crois qu’un nom court et significatif doit être retenu.

Voir aussi sur LinkedIn Quel est le bon titre de l’emploi? Sommes-nous « archiviste », « commis », technicien », « analyste », contrôleur »?

Parmi les choix suivants, lequel préférez-vous? Vous pouvez aussi en suggérer de meilleurs.

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À quoi sert la maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information?

C’est aujourd’hui que je pète ma coche. Je saute les plombs. Ça fait plus de 10 ans que je me retiens. J’ai vraiment besoin de me vider le cœur.

Depuis 1990, je travaille à contrat, pour des remplacements, souvent mal rémunérés, etc. J’ai bâti mon expérience en étant ouverte à toutes les opportunités et en déménageant très souvent. Beaucoup de changements, beaucoup d’insécurité, beaucoup de frustration.

Et maintenant, je me pose la question :

A quoi sert la maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information? Je précise pour devenir archiviste.

Depuis que j’ai obtenu ce diplôme, beaucoup de portes se ferment devant moi et ce n’est pas une blague.

Le seul endroit qui exige ce diplôme, entre autres, pour un poste d’archiviste est BAnQ. Et pour les quelques postes, des tonnes de candidatures qui doivent passer des tonnes de concours où peu sont élus.

Les rares fois où j’ai eu  besoin de ma maîtrise étaient pour des postes de gestion dans les bibliothèques : gérer du personnel, gérer des budgets, etc.

Mais en archivistique ou en gestion documentaire, JAMAIS! Au contraire, dès que mon diplôme est mentionné, ma candidature est écartée, malgré le fait que j’ai passablement d’expérience en gestion documentaire. Des réponses laconiques du genre : « vous ne possédez pas les compétences pour le poste » me parviennent des RH* .

On préfère de loin les détenteurs de Certificat en archivistique ou de Technique de la documentation. J’en ai pour preuve cette analyse comparative que j’ai faite qui recense presque la majorité des postes offerts en sciences de l’information au Québec (Source: INALJ , EBSI et ASTED). En voyez-vous beaucoup parmi les postes d’archivistes qui demandent une maîtrise? Par contre, presque tous exigent d’avoir un diplôme en Technique de la documentation (ou un certificat en archivistique).

Alors, pourquoi offrir une maîtrise en archivistique dans les universités puisque AUCUN employeur (à part BAnQ) ne l’exige? Allez demander aux universités.

Expliquez-moi quelqu’un, il y a sûrement quelques chose que je n’ai pas compris.

Si c’était à refaire, je me dirigerais plutôt vers un Certificat en archivistique ou un Certificat en gestion des documents numériques ou une Technique de la documentation. Là, il y a des possibilités d’emploi!

Et vous, vivez-vous la même frustration?

*(voir aussi l’article suivant)

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L’eau

Ayant « loué » notre maison pour un mois, nous avons déménagé nos pénates au chalet, lieu magique. Nous avons une vue imprenable sur la montagne; nous n’avons pas de voisins visibles (le terrain est immense); et nous avons une rivière en cascades tout en bas.

Le chalet est alimenté d’un panneau solaire pour fournir l’énergie nécessaire pour actionner une pompe donnant ainsi l’eau courante, une cafetière et l’éclairage. Le gaz alimente le réfrigérateur, une petite cuisinière à deux ronds et fait marcher le chauffe-eau. Finalement, deux puits fournissent en eau la maison pour se laver, faire fonctionner la toilette et nettoyer la vaisselle. Par contre, nous n’avons ni télévision ni téléphone et ni Internet.

Cette année, nous avons eu un été comme jamais : du beau temps et de la chaleur. Merveilleux pour les vacanciers et tous les Québécois. Peut-être qu’il a plu 2 fois, selon les régions.  Malheureusement, cela a engendré de la sécheresse, provoquant des feux de forêts et une pénurie d’eau majeure.

Tous les matins en allant travailler, je pensais aux Africains qui vivent cette situation continuellement. Et je me disais que ce que nous vivions était bien peu à comparer.

Et ce qui était à prévoir arriva. Ce matin, en me lavant les mains, j’ai remarqué que la pompe s’est mise à tourner à vide. Plus d’eau!

Munis de nos seau, nous nous sommes dirigés vers les puits, dans le champ. Le  niveau d’eau est très bas, ce qui fait en sorte que le tuyau, par lequel passe l’eau tiré par la pompe, ne l’atteint pas. À l’aide d’un seau projeté au fond du puits, nous en avons tiré quelques litres d’eau, que nous avons par la suite transporté sur plusieurs mètres jusqu’au chalet.

J’envie ces Africaines qui portent sur leur tête des litres d’eau tout en gardant le sourire. Moi qui suis une occidentale privilégiée, tout ce que cela a pu me tirer, ce sont des grimaces d’efforts!

Cet après-midi, nous irons à la rivière nous laver et lessiver quelques vêtements (avec du savon biodégradable et sans phosphate, naturellement!). Par chance, c’est la fin de semaine et c’est encore l’été!

En tous cas, si vous avez envie de venir nous visiter, il ne faut oublier d’apporter votre eau plutôt que du vin!

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